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Retraite à l'étranger : fiscalité, démarches et pays avantageux

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Jean-Marc Durand

Expert Retraite • Mis à jour le 27 mars 2026

De plus en plus de Français choisissent de passer leur retraite à l’étranger : climat, coût de la vie, qualité de vie… Les motivations sont nombreuses. Mais avant de partir, il est essentiel de comprendre les implications fiscales et administratives.

Ce que les guides sur la retraite à l’étranger omettent presque toujours

Bernard et Claire, 67 ans, ont quitté la France pour le Portugal en 2021, attirés par le régime NHR qui permettait aux retraités d’être imposés à taux zéro sur leurs pensions étrangères. Ils avaient bien préparé leur départ sur le plan logistique. Ce qu’ils n’avaient pas anticipé : le NHR a été supprimé fin 2024. Leur régime fiscal a changé complètement. Ils sont désormais imposés au barème progressif portugais. Et revenir en France implique des frais et des démarches administratives considérables.

Leur erreur n’était pas d’avoir choisi le Portugal — c’était d’avoir fondé leur stratégie sur un avantage fiscal qui dépend d’une décision politique pouvant changer du jour au lendemain.

La règle d’or de la retraite à l’étranger : ne jamais décider sur la seule base de la fiscalité du moment. Les régimes fiscaux avantageux pour retraités étrangers — NHR au Portugal, flat tax à 7 % en Grèce, abattement marocain, règles thaïlandaises sur les revenus non rapatriés — sont tous des mesures politiques réversibles. Ce qui est vrai en 2026 peut ne plus l’être en 2028. Si vous partez à l’étranger uniquement pour la fiscalité, vous prenez un risque que les brochures touristico-financières ne mentionnent jamais.

Le certificat de vie : une formalité qui peut bloquer votre pension pendant des mois. En 2026, l’ensemble des caisses de retraite françaises exigent un certificat de vie annuel pour les retraités vivant à l’étranger. Ce document doit être certifié par une autorité locale. Dans certains pays, la procédure est simple (consulat français, notaire local). Dans d’autres, c’est un parcours du combattant. Des retraités installés en Thaïlande, en Colombie ou au Vietnam témoignent de délais de 2 à 4 mois pour obtenir un certificat reconnu — pendant lesquels la pension est suspendue. Avant de partir, vérifiez précisément la procédure dans votre pays d’accueil et prévoyez une réserve de trésorerie de 3 à 4 mois de pension pour absorber un éventuel blocage.

La couverture santé hors UE : le poste de dépense systématiquement sous-estimé. En dehors de l’Union européenne, vous perdez vos droits à la Sécurité sociale française. La CFE (Caisse des Français de l’Étranger) propose une couverture, mais son tarif est significatif — entre 150 et 400 €/mois selon votre âge et le niveau de couverture choisi. Pour un couple de 70 ans, c’est 400 à 800 €/mois de cotisations santé, soit 5 000 à 10 000 €/an. Dans le calcul “coût de la vie moins cher à l’étranger”, ce poste est souvent oublié. Résultat : des retraités qui pensaient économiser 800 €/mois en partant au Maroc ou en Thaïlande réalisent que leur gain net est bien inférieur une fois la santé prise en compte.

La question que peu de futurs expatriés se posent : où mourrez-vous ? Ce n’est pas macabre — c’est pratique. La gestion d’un décès à l’étranger (rapatriement du corps ou inhumation locale, procédures de succession internationales, droit applicable au patrimoine) est compliquée et coûteuse. Si vous avez des héritiers en France, votre patrimoine peut être soumis aux droits de succession français même si vous résidez à l’étranger depuis 10 ans, selon votre situation patrimoniale. Il faut anticiper ces aspects avec un notaire spécialisé avant de partir — pas après.

Ce qui fonctionne vraiment pour les retraités expatriés en 2026. Les Français qui réussissent leur retraite à l’étranger ont en commun : un budget réaliste intégrant la santé, les voyages de retour en France (famille, médecins spécialistes), et un matelas de sécurité pour les imprévus administratifs. Ils ne partent pas pour un seul avantage fiscal — ils partent pour un ensemble de facteurs (qualité de vie, climat, environnement) qui resteront valables même si la fiscalité évolue. Et ils gardent presque toujours un compte bancaire actif en France pour les démarches administratives françaises qui continuent après le départ.

Percevoir sa retraite à l’étranger

Retraite de base et complémentaire

Votre retraite française est versée dans le monde entier, sans restriction géographique. Que vous viviez au Portugal, en Thaïlande ou au Maroc, vous continuerez à percevoir :

  • Votre retraite de base (CNAV, MSA, etc.)
  • Votre retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO)

Le certificat de vie (certificat d’existence)

Chaque année, vous devez prouver que vous êtes toujours en vie en envoyant un certificat de vie à votre caisse de retraite.

Procédure :

  1. La caisse vous envoie le formulaire
  2. Vous le faites certifier par une autorité locale (mairie, consulat, notaire)
  3. Vous le renvoyez dans les délais

Attention : sans ce certificat, le versement de votre pension est suspendu.

Virement bancaire à l’étranger

Vous pouvez demander le virement de votre pension sur un compte bancaire étranger. Des frais de change et de transfert peuvent s’appliquer selon les banques.

Astuce : certaines banques en ligne (Wise, Revolut) proposent des taux de change avantageux pour recevoir des euros à l’étranger.

La fiscalité de la retraite à l’étranger

Principe : la résidence fiscale

Vous êtes résident fiscal du pays où :

  • Vous passez plus de 183 jours par an
  • Ou se situe le centre de vos intérêts économiques (famille, patrimoine)

Conventions fiscales

La France a signé des conventions fiscales avec de nombreux pays pour éviter la double imposition. Ces conventions déterminent quel pays a le droit d’imposer vos revenus.

Retraites du secteur privé

En général, les pensions du secteur privé sont imposables dans le pays de résidence.

Exemple : Vous vivez au Portugal. Votre retraite CNAV + AGIRC-ARRCO est imposée au Portugal, pas en France.

Pensions de fonctionnaires

Les pensions des fonctionnaires restent généralement imposables en France, quel que soit le pays de résidence.

Exception : si vous avez la nationalité du pays d’accueil, la pension peut être imposée là-bas.

CSG-CRDS

Si vous n’êtes plus résident fiscal français :

  • Vous êtes exonéré de CSG et CRDS
  • Mais vous payez une cotisation d’assurance maladie de 3,2% (si vous restez couvert par la Sécu)

Les meilleurs pays pour la retraite

Portugal

  • Fiscalité : le régime RNH (Résident Non Habituel) a été supprimé fin 2024. Son remplaçant, l’IFICI, est réservé aux professionnels qualifiés dans des secteurs spécifiques (sciences, tech, santé) — les retraités en sont exclus. Les nouveaux résidents retraités sont désormais imposés au barème progressif portugais (12,5 % à 48 %). Les personnes déjà enregistrées sous NHR conservent leurs avantages jusqu’à la fin de leur période de 10 ans.
  • Coût de la vie : 20-30% moins cher que la France
  • Santé : accès au système de santé portugais avec la carte européenne
  • Langue : communauté française importante

Espagne

  • Fiscalité : pensions imposées au barème espagnol (souvent moins élevé)
  • Coût de la vie : variable selon les régions
  • Santé : carte européenne valable
  • Avantage : proximité avec la France

Maroc

  • Fiscalité : abattement de 80% sur les pensions étrangères
  • Coût de la vie : très avantageux
  • Santé : assurance privée recommandée
  • Langue : francophone

Thaïlande

  • Fiscalité : les revenus non rapatriés ne sont pas imposés
  • Coût de la vie : très bas
  • Santé : excellents hôpitaux privés, mais coûteux
  • Visa : visa retraite disponible

Grèce

  • Fiscalité : flat tax de 7% pour les retraités étrangers (programme spécial)
  • Coût de la vie : raisonnable
  • Santé : carte européenne valable
  • Climat : méditerranéen

La couverture santé à l’étranger

Dans l’UE/EEE et Suisse

Avec la Carte Européenne d’Assurance Maladie (CEAM), vous bénéficiez des soins dans les mêmes conditions que les résidents locaux.

Pour une installation permanente, demandez le formulaire S1 qui vous rattache au système de santé local tout en étant pris en charge par la France.

Hors UE

Vous perdez généralement vos droits à la Sécurité sociale française. Options :

  • CFE (Caisse des Français de l’Étranger) : assurance volontaire
  • Assurance santé internationale : contrats privés
  • Système local : selon le pays d’accueil

Les démarches avant de partir

1. Informer votre caisse de retraite

  • Communiquez votre nouvelle adresse
  • Indiquez vos coordonnées bancaires étrangères si besoin
  • Renseignez-vous sur l’envoi du certificat de vie

2. Déclarer votre changement de résidence fiscale

  • Informez les impôts de votre départ
  • Remplissez une déclaration de revenus l’année du départ

3. Organiser votre couverture santé

  • Demandez le formulaire S1 (UE) ou adhérez à la CFE
  • Souscrivez une assurance complémentaire si nécessaire

4. Aspects bancaires

  • Gardez un compte en France (utile pour certaines démarches)
  • Ouvrez un compte dans le pays d’accueil
  • Comparez les solutions de transfert d’argent

Ce qu’il faut retenir

AspectDans l’UEHors UE
Versement retraiteSans problèmeSans problème
FiscalitéSelon conventionsSelon conventions
CSG-CRDSExonéré si non-résidentExonéré si non-résident
SantéCarte européenne / S1CFE ou assurance privée
Certificat de vieObligatoireObligatoire
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À propos de l'auteur : Jean-Marc Durand

Ancien conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans la préparation de fin de carrière, Jean-Marc Durand met ses 15 ans d'expérience au service de Retraite Pratique. Sa mission est de vulgariser les réformes législatives (2023, 2026) pour permettre à chacun de faire des choix d'épargne et de départ éclairés.