Comment calculer sa retraite de base en 2026 ?
Jean-Marc Durand
Expert Retraite • Mis à jour le 1 avril 2026
Sommaire
Combien toucherez-vous à la retraite ? La question semble simple. La réponse l’est moins. Il existe une formule officielle — mais entre ce que la formule dit et ce que vous toucherez réellement, il y a souvent un écart que personne ne signale spontanément. Ce guide explique la mécanique exacte, mais surtout les leviers concrets que vous pouvez actionner — et les pièges qui font perdre des milliers d’euros à des gens qui pensaient avoir tout prévu.
La formule de calcul
Pension brute = SAM × Taux × (Trimestres validés / Trimestres de référence)
Trois variables, trois leviers. Décortiquons chacun.
1. Le Salaire Annuel Moyen (SAM)
Le SAM est la moyenne de vos 25 meilleures années de salaire brut, revalorisées en euros d’aujourd’hui grâce aux coefficients publiés chaque année par l’Assurance Retraite. L’Assurance Retraite retient automatiquement les 25 années les plus avantageuses — pas forcément les 25 dernières.
Plafond à connaître : seule la part du salaire inférieure au Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS) est retenue, soit 48 060 € en 2026. Au-delà, votre salaire n’améliore plus votre SAM.
🆕 Nouveauté LFSS 2026 — mères de famille (retraites liquidées à partir du 1er janvier 2026) : Le nombre d’années retenues pour le SAM est réduit selon le nombre d’enfants :
- 1 enfant → 24 meilleures années (au lieu de 25)
- 2 enfants ou plus → 23 meilleures années (au lieu de 25)
Cette mesure améliore mécaniquement le montant de la pension en excluant les années de bas revenus (congés partiels, interruptions). Les décrets d’application précisant les modalités sont attendus. Source : vie-publique.fr, LFSS 2026.
💡 Conséquence concrète : un cadre gagnant 80 000 €/an est plafonné au même SAM qu’un cadre à 46 000 €. C’est pourquoi les hauts revenus ont un taux de remplacement plus faible et ont davantage intérêt à épargner par ailleurs (PER, assurance vie, PEA).
Comment améliorer son SAM ?
- Corriger les erreurs de salaire sur votre relevé de carrière — un salaire mal reporté abaisse artificiellement votre SAM
- Continuer à travailler avec un bon salaire après 60 ans — chaque bonne année supplémentaire peut remplacer une moins bonne dans les 25 retenues
- Éviter les années à très faible revenu non nécessaires en fin de carrière
2. Le taux de liquidation
Le taux maximum est de 50 % — c’est le taux plein. Vous l’obtenez si :
- Vous avez atteint l’âge légal et validé le nombre de trimestres requis, ou
- Vous avez 67 ans, quelle que soit votre durée de cotisation
La décote : si vous partez trop tôt
Si vous partez à l’âge légal sans avoir tous vos trimestres :
- 1,25 % de réduction par trimestre manquant
- Plafonnée à 20 trimestres (taux minimum : 25 %)
- Permanente et définitive
Exemple : 8 trimestres manquants → décote de 10 % → taux de 45 % au lieu de 50 %. Sur une pension de 1 500 €/mois pendant 20 ans, c’est 36 000 € perdus définitivement.
Pour les options permettant de combler un manque, consultez notre guide sur les trimestres de retraite.
La surcote : si vous partez plus tard
Si vous continuez à travailler après avoir réuni tous vos trimestres et l’âge légal :
- +1,25 % par trimestre supplémentaire
- Non plafonnée
Exemple : 2 ans de travail supplémentaire = 8 trimestres = +10 % sur votre pension à vie. Sur une pension de 1 500 €, c’est 150 €/mois de plus soit 36 000 € sur 20 ans.
3. La durée d’assurance
La durée d’assurance = tous vos trimestres validés, tous régimes confondus : salariat, indépendant, chômage indemnisé, arrêt maladie, maternité, paternité, service militaire…
La durée de référence pour le taux plein :
| Année de naissance | Trimestres de référence |
|---|---|
| 1958–1960 | 167 |
| 1961–1963 | 168–169 |
| 1964 | 170* |
| 1965 | 170–171* |
| 1966 et après | 172 |
*Valeurs après LFSS 2026 (applicable à partir du 1er septembre 2026). Avant cette date : 1964 = 171 trimestres, 1965 = 172 trimestres.
Si vous avez plus de trimestres que la référence au moment du départ, la fraction est plafonnée à 1 — les trimestres excédentaires génèrent de la surcote via le taux, pas via la fraction.
Exemples concrets de calcul
Cas 1 — Marie, taux plein, carrière complète
Marie est née en 1966, part à 64 ans avec 172 trimestres et un SAM de 30 000 €.
Pension brute = 30 000 € × 50 % × (172/172) = 15 000 €/an → 1 250 €/mois
Cas 2 — Pierre, avec décote
Pierre est né en 1966, part à 64 ans avec 164 trimestres (8 manquants). SAM : 28 000 €.
- Décote : 8 × 1,25 % = 10 % → taux : 40 %
Pension brute = 28 000 € × 40 % × (164/172) = 10 646 €/an → 887 €/mois
Soit 363 €/mois de moins que s’il avait ses trimestres. Sur 20 ans : 87 120 € de différence.
Cas 3 — Sophie, avec surcote
Sophie est née en 1967, atteint 172 trimestres à 64 ans, travaille jusqu’à 66 ans (+8 trimestres). SAM : 35 000 €.
- Surcote : 8 × 1,25 % = 10 % → taux : 60 %
Pension brute = 35 000 € × 60 % × 1 = 21 000 €/an → 1 750 €/mois
Cas 4 — Luc, carrière courte, taux plein à 67 ans
Luc est né en 1968, part à 67 ans (taux plein automatique) avec 140 trimestres sur 172 de référence. SAM : 22 000 €.
- Taux : 50 % (pas de décote à 67 ans)
- Fraction : 140/172
Pension brute = 22 000 € × 50 % × (140/172) = 8 953 €/an → 746 €/mois
Le taux plein automatique à 67 ans efface la décote — mais ne rattrape pas les trimestres manquants dans la fraction durée.
La retraite complémentaire en plus
La retraite de base n’est qu’une partie de votre future pension. Pour les salariés du privé, la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO s’y ajoute automatiquement et représente souvent 30 à 60 % de revenus supplémentaires.
Elle fonctionne par un système de points accumulés tout au long de la carrière. Consultez vos points sur agirc-arrco.fr et notre guide retraite complémentaire AGIRC-ARRCO.
Exemple : Marie (cas 1) touche 1 250 €/mois de retraite de base. Sa complémentaire AGIRC-ARRCO lui ajoute environ 600 €/mois. Sa pension totale est donc d’environ 1 850 €/mois.
Ce que les simulateurs officiels ne montrent pas
Le simulateur info-retraite.fr est utile — mais il a des angles morts que beaucoup ignorent.
Il suppose que vous travaillerez au même salaire jusqu’au départ. Si vous avez un accident de carrière en fin de vie active (chômage, temps partiel subi, arrêt maladie prolongé), le simulateur ne le prend pas en compte. La réalité peut être bien différente de la projection.
Il ne recalcule pas les 25 meilleures années en temps réel. Le SAM affiché est une estimation basée sur votre carrière passée. Si vous avez plusieurs années creuses (congé parental, reconversion, période en auto-entreprise avec CA bas), ces années pourraient entrer dans les 25 retenues — et baisser votre pension plus que prévu.
Il n’intègre pas les erreurs dans votre relevé. Or les erreurs sont fréquentes : trimestres de chômage mal comptabilisés, salaires d’un ancien employeur mal reportés, périodes à l’étranger sans convention… Avant de faire confiance à une simulation, vérifiez chaque ligne de votre relevé de carrière.
Les 3 leviers concrets pour améliorer votre pension
Levier 1 — Corriger les erreurs de salaire dans votre relevé. Un salaire mal reporté à la hausse sur une mauvaise année n’améliore pas votre SAM — il n’est pris en compte que si cette année est dans les 25 meilleures. Mais un salaire sous-estimé sur une bonne année vous pénalise directement. Vérifiez chaque bulletin de salaire des 10 dernières années.
Levier 2 — Continuer à travailler avec un bon salaire après 60 ans. Chaque bonne année ajoutée peut éjecter une mauvaise année des 25 retenues. Pour un cadre gagnant 55 000 €/an qui avait une mauvaise année à 28 000 € dans ses 25 meilleurs, rester un an de plus améliore son SAM de façon permanente et définitive.
Levier 3 — Ne pas partir avec une décote si vous pouvez l’éviter. La décote de 1,25 % par trimestre manquant est définitive et à vie. Pour une pension de 1 400 €/mois, une décote de 5 % (4 trimestres), c’est 70 €/mois de moins pendant 20 ans — soit 16 800 €. Ce calcul simple, rarement fait spontanément, change souvent la décision de départ.
Ce que vous devez faire maintenant
- Vérifiez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr — trimestres manquants et salaires mal reportés sont fréquents
- Signalez toute anomalie à votre caisse de retraite avec les justificatifs
- Simulez votre pension avec “Mon estimation retraite” — notre guide du simulateur vous explique comment l’utiliser et pourquoi ses résultats sont souvent trop optimistes
- Identifiez le manque à combler — notre comparatif PER vs assurance vie vous aide à choisir le bon placement
⚠️ Plus vous agissez tôt, plus les corrections sont faciles. Retrouver des bulletins de salaire de 1995 est beaucoup plus compliqué que de corriger une erreur récente. Un salarié qui vérifie son relevé à 45 ans a encore le temps de corriger 20 ans d’erreurs potentielles. À 63 ans, certains documents ont disparu.
À propos de l'auteur : Jean-Marc Durand
Ancien conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans la préparation de fin de carrière, Jean-Marc Durand met ses 15 ans d'expérience au service de Retraite Pratique. Sa mission est de vulgariser les réformes législatives (2023, 2026) pour permettre à chacun de faire des choix d'épargne et de départ éclairés.
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