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Les trimestres de retraite en 2026 : validation, comptage et nouveautés LFSS

JD

Jean-Marc Durand

Expert Retraite • Mis à jour le 1 avril 2026

Les trimestres sont l’unité de base du système de retraite français — et l’une des sources d’erreurs les plus coûteuses. Chaque trimestre manquant représente une décote permanente de 1,25 % sur votre pension. Pour une pension de 1 500 €/mois sur 20 ans, un seul trimestre mal comptabilisé vous coûte 4 500 €. Et le pire : ces erreurs restent invisibles jusqu’au moment où il est souvent trop tard pour les corriger facilement. Voici comment éviter ça.

Comment valider un trimestre ?

Un trimestre n’est pas lié à une durée de travail, mais à un niveau de salaire cotisé. La règle en 2026 :

Un trimestre est validé dès lors que vous avez cotisé sur un salaire brut d’au moins 150 fois le SMIC horaire sur l’année.

En 2026, avec un SMIC horaire de 12,02 € (décret du 17 décembre 2025), le seuil est d’environ 1 803 € brut de salaire pour valider un trimestre — soit approximativement un mois et demi de travail au SMIC.

Conséquences pratiques :

  • Un salarié à temps plein au SMIC valide ses 4 trimestres dès le mois d’avril
  • Un salarié à temps très partiel peut ne valider que 1, 2 ou 3 trimestres dans l’année
  • Vous ne pouvez valider au maximum 4 trimestres par an, même en travaillant 12 mois à plein temps
  • Un cadre au salaire élevé valide ses 4 trimestres dès janvier — travailler plus ne génère pas plus de trimestres

Les différentes façons de valider des trimestres

Le travail salarié n’est pas la seule voie. De nombreuses situations permettent de valider des trimestres.

Par l’activité professionnelle

  • Travail salarié (selon seuil de salaire ci-dessus)
  • Activité indépendante ou auto-entreprise (selon seuil de CA — voir notre guide retraite auto-entrepreneur)
  • Activité à l’étranger dans un pays ayant une convention bilatérale avec la France

Par les périodes assimilées

SituationCondition de validation
Chômage indemnisé (ARE)50 jours = 1 trimestre
Arrêt maladie60 jours = 1 trimestre
Congé maternité ou paternité60 jours = 1 trimestre
🆕 Congé de naissance (enfants nés à partir du 1er jan. 2026 ; congé accessible à partir du 1er juil. 2026)90 jours indemnisés = 1 trimestre assimilé
Invalidité reconnueOui
Service militaire ou nationalOui
Aidant familialSous conditions (AJPA, congé proche aidant)

La majoration pour enfants

Les parents bénéficient de trimestres supplémentaires pour chaque enfant :

  • 4 trimestres pour la maternité ou l’adoption (attribués à la mère)
  • 4 trimestres de majoration pour l’éducation (pour les enfants nés à partir de 2010, partageable entre les deux parents ; avant 2010, attribués intégralement à la mère)
  • Soit 8 trimestres au total par enfant

💡 Pour une femme ayant eu 3 enfants, c’est potentiellement 24 trimestres supplémentaires — soit 6 ans de cotisation. Ces trimestres apparaissent automatiquement sur votre relevé de carrière.

🆕 Le nouveau congé de naissance (LFSS 2026)

La LFSS 2026 (loi du 30 décembre 2025) a créé un congé de naissance supplémentaire pour les parents d’enfants nés ou adoptés à partir du 1er janvier 2026.

Caractéristiques :

  • Durée : 1 ou 2 mois au choix du parent, fractionnable en deux périodes d’un mois
  • Peut être pris par chacun des deux parents simultanément ou séparément (jusqu’à 4 mois au total pour le couple)
  • S’ajoute au congé maternité, paternité ou d’accueil de l’enfant existant — ne le remplace pas
  • Accessible à partir du 1er juillet 2026 (date officielle confirmée par info.gouv.fr, service-public.gouv.fr et ameli.fr)
  • Pour les enfants nés entre le 1er janvier et le 30 juin 2026 : le congé peut être pris entre le 1er juillet 2026 et le 31 mars 2027 (délai de 9 mois à compter du 1er juillet)
  • Pour les enfants nés à partir du 1er juillet 2026 : le congé doit être pris dans les 9 mois suivant la naissance

Indemnisation :

  • 1er mois : 70 % du salaire net antérieur
  • 2e mois : 60 % du salaire net antérieur
  • Dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale : 4 005 € en 2026

Impact sur la retraite : Ce congé génère un trimestre assimilé s’il donne lieu au versement d’indemnités journalières sur au moins 90 jours indemnisés. Le trimestre est validé mais aucun revenu n’est inscrit sur le relevé de carrière. Source : lassuranceretraite.fr, ameli.fr.

Combien de trimestres pour le taux plein ?

Le nombre de trimestres requis pour obtenir le taux plein (50 % du SAM) dépend de votre année de naissance :

Année de naissanceTrimestres requisÉquivalent en années
1958–196016741 ans et 9 mois
1961–1963168–16942 à 42 ans et 3 mois
1964170*42 ans et 6 mois
1965170–171*42 ans 6 à 9 mois
1966 et après17243 ans

*Valeurs après LFSS 2026 (applicable à partir du 1er septembre 2026). Avant cette date : 1964 = 171 trimestres, 1965 = 172 trimestres.

Alternative filet de sécurité : à 67 ans, vous bénéficiez automatiquement du taux plein, quel que soit votre nombre de trimestres validés.

La décote : le coût d’un trimestre manquant

Si vous partez à l’âge légal (64 ans) sans avoir tous vos trimestres, une décote de 1,25 % par trimestre manquant s’applique — de façon permanente et définitive.

Exemple concret :

  • Pension à taux plein estimée : 1 400 €/mois
  • 8 trimestres manquants → décote de 10 %
  • Pension effective : 1 260 €/mois
  • Perte sur 20 ans de retraite : 33 600 €

La décote est limitée à 20 trimestres maximum (taux minimum de 25 %).

💡 Note : le coefficient de solidarité AGIRC-ARRCO (malus -10 %) a été supprimé depuis avril 2024. Il n’y a plus de pénalité sur la complémentaire quel que soit votre âge de départ.

Que faire si vous manquez de trimestres ?

Option 1 — Continuer à travailler

La solution la plus directe et souvent la plus rentable. Chaque trimestre travaillé supplémentaire :

  • Comble le déficit et supprime la décote
  • Améliore votre SAM si ce sont de bonnes années
  • Peut générer une surcote si vous dépassez la durée requise

Option 2 — Racheter des trimestres

Vous pouvez racheter jusqu’à 12 trimestres d’études supérieures ou combler des années incomplètes. Coût indicatif : 3 500 à 6 000 € par trimestre en 2026, selon votre âge et revenu. Les sommes versées sont déductibles du revenu imposable.

Consultez notre analyse détaillée : Racheter des trimestres : est-ce vraiment rentable ?

Option 3 — Partir avec une décote acceptée

Possible si votre situation financière le permet — à condition d’avoir mesuré l’impact sur 20-25 ans de retraite.

Option 4 — Attendre 67 ans

À 67 ans, la décote est annulée quel que soit votre nombre de trimestres. Option pertinente pour les carrières très courtes ou très fragmentées.

Option 5 — Vérifier l’éligibilité à la carrière longue

Si vous avez commencé à travailler avant 21 ans, vous pouvez peut-être partir avant 64 ans sans décote grâce au dispositif carrière longue. Notre guide retraite anticipée pour carrière longue détaille les conditions.

Comment vérifier vos trimestres maintenant ?

  1. Connectez-vous sur info-retraite.fr avec France Connect
  2. Accédez à votre relevé de situation individuelle (RSI)
  3. Vérifiez chaque année de votre carrière — trimestres validés, salaires reportés, périodes assimilées
  4. En cas d’anomalie, contactez la caisse concernée avec vos justificatifs

Notre guide du simulateur info-retraite.fr vous explique comment tirer le maximum de cet outil.

⚠️ Agissez tôt. Retrouver un bulletin de salaire de 1998 pour corriger une erreur est difficile. Retrouver celui de l’an dernier est simple. Vérifiez votre relevé chaque année — ça prend 10 minutes.

Les erreurs de trimestres les plus fréquentes — et comment les repérer

Après avoir analysé les situations les plus courantes, voici les 5 erreurs qui reviennent le plus souvent dans les relevés de carrière.

1. Les trimestres de chômage oubliés. Chaque période d’indemnisation chômage (ARE) génère des trimestres : 50 jours = 1 trimestre. Mais si votre employeur a tardé à transmettre votre attestation à Pôle emploi, ou si vous avez changé de caisse pendant cette période, ces trimestres peuvent ne pas apparaître. À vérifier en priorité si vous avez connu une période de chômage longue.

2. Les périodes d’activité à l’étranger sans convention. Si vous avez travaillé dans un pays avec lequel la France a une convention bilatérale (Maroc, Tunisie, Algérie, Canada, USA…), ces périodes peuvent être comptabilisées. Mais elles doivent faire l’objet d’une démarche spécifique auprès du Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale (Cleiss). Sans cette démarche, ces trimestres n’existent tout simplement pas dans votre relevé.

3. Le temps partiel qui valide moins que prévu. Beaucoup de salariés à temps partiel pensent valider 4 trimestres par an. Ce n’est pas automatique. Si votre salaire brut annuel ne dépasse pas 4 fois 150 fois le SMIC horaire (soit environ 7 210 € en 2026 pour valider les 4 trimestres), vous validez moins. Un salarié à 20 h/semaine au SMIC gagne environ 11 000 €/an — suffisant pour 4 trimestres. Mais une garde d’enfant à 8 h/semaine peut très bien ne valider que 2 trimestres par an.

4. Le changement de statut en cours d’année. Passer de salarié à auto-entrepreneur (ou l’inverse) en milieu d’année peut créer un vide : la caisse salariale ne valide que les mois en tant que salarié, la caisse indépendante ne valide que les mois où le CA est suffisant. Résultat : des mois travaillés qui disparaissent dans les limbes administratifs.

5. Les trimestres d’apprentissage oubliés. L’apprentissage génère des trimestres cotisés depuis 1972. Mais avant les années 2000, ces données étaient moins bien transmises. Si vous avez fait un apprentissage dans les années 1980-1990, vérifiez que ces trimestres figurent bien dans votre relevé.

Ce que les caisses de retraite ne font pas pour vous

La caisse de retraite ne cherche pas activement les erreurs dans votre dossier. Elle traite ce qui lui est transmis. Si un employeur n’a pas déclaré un salarié correctement, si une caisse étrangère n’a pas envoyé le bon formulaire, la caisse française ne le sait pas — et ne vous le dira pas.

C’est votre responsabilité de vérifier, de signaler et de fournir les justificatifs. Le délai légal de prescription est de 5 ans à partir de la date à laquelle l’erreur aurait dû être corrigée — mais en pratique, les caisses acceptent de corriger des erreurs plus anciennes si vous avez les preuves.

La règle : vérifiez votre relevé au minimum tous les 5 ans. Et surtout, conservez vos bulletins de salaire à vie.

JD

À propos de l'auteur : Jean-Marc Durand

Ancien conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans la préparation de fin de carrière, Jean-Marc Durand met ses 15 ans d'expérience au service de Retraite Pratique. Sa mission est de vulgariser les réformes législatives (2023, 2026) pour permettre à chacun de faire des choix d'épargne et de départ éclairés.