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Les 7 erreurs à ne pas faire pour préparer sa retraite

JD

Jean-Marc Durand

Expert Retraite • Mis à jour le 5 mars 2026

Préparer sa retraite, c’est un marathon — pas un sprint. Et comme tout marathon, les erreurs commises tôt peuvent coûter très cher sur le long terme. Le problème : la plupart des gens ne réalisent leur erreur qu’une fois à la retraite, quand il est trop tard pour agir. Voici les 7 pièges les plus fréquents — avec leur coût réel en euros et les corrections concrètes à apporter maintenant.

Erreur n°1 : Attendre d’avoir 55 ans pour s’y intéresser

C’est l’erreur la plus répandue — et la plus coûteuse. La retraite se prépare dès 30-35 ans, pas à la veille du départ.

Commencer tôt vous donne du temps pour :

  • Vérifier et corriger votre relevé de carrière (les justificatifs sont encore accessibles)
  • Laisser l’effet des intérêts composés travailler sur votre épargne
  • Ajuster votre stratégie sans urgence (rachat de trimestres, épargne complémentaire)

Ce que ça coûte : 200 €/mois épargnés à 35 ans à 6 % donnent ~200 000 € à 65 ans. Les mêmes 200 €/mois commencés à 50 ans : ~58 000 €. Soit 142 000 € perdus pour 15 ans d’attente.

Notre guide épargner quand on est jeune détaille la stratégie à adopter dès 25 ans.

À faire maintenant : créez votre compte sur info-retraite.fr, même si vous avez 30 ans.

Erreur n°2 : Ne jamais vérifier son relevé de carrière

Des millions de Français ont des erreurs dans leur relevé : trimestres oubliés, périodes de chômage mal comptabilisées, salaires incorrects. Chaque erreur réduit directement votre pension.

Ce que ça coûte : un trimestre manquant réduit votre pension de 1,25 % de façon permanente. Sur une pension de 1 500 €/mois pendant 20 ans, c’est 4 500 € perdus — pour un oubli administratif.

Et plus vous attendez pour corriger, plus il est difficile de retrouver les justificatifs.

À faire : vérifiez votre relevé sur info-retraite.fr chaque année. Notre guide du simulateur vous explique comment procéder.

Erreur n°3 : Ignorer la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO

Beaucoup de salariés du privé ne savent pas combien de points AGIRC-ARRCO ils ont accumulés. Pourtant, la complémentaire représente souvent 30 à 60 % du total de la pension.

Exemple : une pension de base de 1 200 €/mois + une complémentaire de 500 €/mois = 1 700 €/mois au total. Ignorer la complémentaire, c’est ignorer 29 % de vos futurs revenus.

Pour comprendre le système de points AGIRC-ARRCO, lisez notre article retraite complémentaire AGIRC-ARRCO.

À faire : consultez vos points sur agirc-arrco.fr.

Erreur n°4 : Ne compter que sur la retraite publique

Le taux de remplacement moyen est d’environ :

  • 75-85 % pour les salariés au SMIC
  • 55-65 % pour les cadres moyens
  • 35-50 % pour les cadres supérieurs

Ce que ça coûte : un cadre gagnant 4 000 €/mois net peut espérer 1 800-2 000 €/mois de pension. L’écart de 2 000 €/mois pendant 20 ans représente 480 000 € de revenus en moins.

À faire : simulez votre pension sur info-retraite.fr et estimez le manque à combler.

Erreur n°5 : Sous-estimer l’impact de la décote

Partir avec une décote, c’est une réduction permanente et définitive de votre pension. La décote est de 1,25 % par trimestre manquant.

Ce que ça coûte : 4 trimestres manquants = décote de 5 %. Sur une pension de 1 500 €/mois pendant 20 ans :

  • Décote de 5 % = -75 €/mois
  • Sur 20 ans = -18 000 € perdus définitivement

Sans compter que travailler ces 4 trimestres supplémentaires aurait aussi amélioré le SAM et la complémentaire.

Pour les options disponibles, consultez notre guide sur les trimestres de retraite.

À faire : calculez l’impact d’un départ anticipé avant de décider.

Erreur n°6 : Croire que le malus AGIRC-ARRCO existe encore

Beaucoup de futurs retraités intègrent encore dans leurs calculs une pénalité AGIRC-ARRCO qui n’existe plus. Le coefficient de solidarité (-10 %) a été définitivement supprimé depuis le 1er décembre 2023 (nouveaux retraités) puis le 1er avril 2024 (anciens retraités).

Vous pouvez partir dès l’âge légal sans aucune pénalité sur votre retraite complémentaire. Travailler plus longtemps reste intéressant pour accumuler des points et bénéficier de la surcote — mais plus par peur d’un malus inexistant.

À faire : recalculez votre date de départ sans intégrer ce malus. Voir notre article AGIRC-ARRCO.

Erreur n°7 : Ne pas diversifier son épargne retraite

Mettre tout sur un seul support expose à des risques inutiles. L’immobilier peut rester illiquide, les marchés peuvent baisser avant la retraite, le fonds euros rapporte peu.

La bonne combinaison :

  • PEA pour l’exposition actions long terme avec la meilleure fiscalité
  • PER pour l’avantage fiscal à l’entrée si TMI à 30 % ou plus
  • Assurance vie pour la flexibilité et la transmission
  • Immobilier locatif pour des revenus réguliers à la retraite

À faire : aucun placement n’est universel. Un conseiller en gestion de patrimoine peut vous aider à structurer.


Erreur silencieuse supplémentaire : ignorer la pension de réversion. Si votre conjoint décède, vous avez droit à une fraction de sa retraite — mais seulement si vous êtes mariés et que vous faites la demande. Le PACS et le concubinage n’y donnent pas droit.

La bonne nouvelle : ces 7 erreurs sont toutes évitables. Il suffit de prendre 2 heures par an pour faire le point sur votre situation retraite.

Bonus : l’erreur silencieuse — ne pas utiliser ses plafonds PER reportables

Beaucoup de personnes ignorent que les plafonds de déductibilité du PER non utilisés sont reportables sur 3 ans. Si vous n’avez pas versé sur votre PER les années précédentes, vous disposez peut-être d’un plafond cumulé de 100 000 € ou plus à utiliser — visible directement sur votre avis d’imposition.

Une année de revenus exceptionnels (bonus, cession de parts, plus-value immobilière…) est l’occasion idéale pour verser massivement sur un PER et récupérer jusqu’à 41 % d’économie d’impôt sur ce versement.

Erreur n°8 : faire confiance à votre conseiller bancaire pour votre PER

Ce n’est pas sur la liste officielle — mais c’est l’une des erreurs les plus coûteuses de la décennie.

Un conseiller bancaire a une obligation de conseil — mais il conseille les produits de sa banque. Or les PER des banques traditionnelles facturent souvent 3 à 5 % de frais sur versements et 1,5 à 2,5 % de frais de gestion annuels. Sur 20 ans de versements, ces frais peuvent absorber 30 à 40 % de votre capital.

Exemple concret : Marc, 42 ans, verse 4 000 €/an sur un PER bancaire avec 4 % de frais d’entrée et 2 % de frais de gestion. Résultat à 65 ans à 5 % de rendement brut : environ 98 000 € nets de frais. Avec un PER en ligne à 0 % de frais d’entrée et 0,5 % de frais de gestion : environ 152 000 €. L’écart : 54 000 € — uniquement à cause des frais.

Ce que personne ne dit : les frais sur versements se voient sur la fiche d’information produit, mais les frais de gestion annuels, eux, passent souvent inaperçus car ils sont déduits silencieusement de la valeur du contrat chaque année.

Ce qu’il faut faire : comparer les PER en ligne (Linxea, Placement-direct, Lucya Cardif, Yomoni) qui proposent systématiquement 0 % de frais d’entrée et des frais de gestion entre 0,5 % et 1 %. Le conseiller en agence ne vous proposera jamais ces contrats — ils ne sont pas dans sa gamme.

Erreur n°9 : croire que la retraite progressive ne vous concerne pas

La retraite progressive permet de travailler à 60 % tout en touchant 40 % de sa pension dès 60 ans. C’est l’un des dispositifs les plus méconnus — et les plus avantageux pour les personnes proches de la retraite qui supportent mal leur rythme actuel.

Mais beaucoup ignorent qu’ils y ont droit. Et d’autres le savent mais craignent la réaction de leur employeur. Le résultat : des gens qui continuent à travailler à plein régime alors qu’ils pourraient déjà alléger leur quotidien — et continuer à améliorer leurs droits retraite en cotisant.

Pour savoir si vous y avez droit et comment en parler à votre employeur, consultez notre guide retraite progressive.

La checklist annuelle anti-erreurs (2 heures par an)

Voici ce que vous devriez vérifier chaque année pour éviter toutes les erreurs listées ci-dessus :

En début d’année :

  • Consulter votre relevé de carrière sur info-retraite.fr — vérifier les trimestres de l’année précédente
  • Vérifier vos points AGIRC-ARRCO sur agirc-arrco.fr
  • Consulter le plafond PER disponible sur votre avis d’imposition

En milieu d’année :

  • Planifier vos versements PER avant le 31 décembre
  • Vérifier que vos versements sur PEA/assurance vie sont bien programmés

En fin d’année :

  • Simuler votre pension estimée sur info-retraite.fr — testez 2-3 scénarios d’âge de départ
  • Ajuster si nécessaire votre stratégie d’épargne pour l’année suivante
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À propos de l'auteur : Jean-Marc Durand

Ancien conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans la préparation de fin de carrière, Jean-Marc Durand met ses 15 ans d'expérience au service de Retraite Pratique. Sa mission est de vulgariser les réformes législatives (2023, 2026) pour permettre à chacun de faire des choix d'épargne et de départ éclairés.