La retraite progressive en 2026 : travailler à temps partiel tout en touchant sa pension
Jean-Marc Durand
Expert Retraite • Mis à jour le 1 avril 2026
Sommaire
Travailler à 60 % tout en touchant 40 % de sa pension : c’est le principe de la retraite progressive. Un dispositif méconnu, pourtant très avantageux pour ceux qui veulent éviter l’arrêt brutal du jour au lendemain.
Ce que les guides officiels ne vous disent pas sur la retraite progressive
La retraite progressive souffre d’un paradoxe : c’est l’un des dispositifs les plus flexibles et les plus avantageux pour préparer la fin de carrière, et pourtant c’est l’un des moins utilisés. En 2025, moins de 40 000 personnes en bénéficiaient en France — à comparer aux millions d’actifs en fin de carrière qui pourraient y prétendre. Pourquoi ?
Le refus employeur : la vraie limite que personne ne calcule à l’avance. La retraite progressive nécessite l’accord de l’employeur pour le passage à temps partiel. En théorie, c’est une demande négociée. En pratique, dans de nombreuses entreprises — particulièrement dans les PME et pour les cadres stratégiques — l’employeur refuse, souvent avec de bonnes raisons opérationnelles. Certains secteurs (santé, enseignement, informatique) ont plus de flexibilité que d’autres (industrie, commerce de proximité). La règle pratique : si vous envisagez une retraite progressive, évoquez le sujet avec votre hiérarchie bien avant 60 ans, pas le mois précédant votre demande officielle.
Le calcul de la pension partielle est moins simple que le tableau ne le laisse penser. La pension partielle est calculée en fonction de vos droits acquis à la date de demande — pas de votre future pension complète. Si vous avez encore des trimestres manquants, votre pension “estimée à taux plein” au moment de la demande intègre une décote. Exemple : Danielle, 61 ans, il lui manque 10 trimestres pour le taux plein. Sa pension estimée avec décote est de 1 200 €/mois. Elle passe à 60 % du temps : pension partielle = 40 % × 1 200 € = 480 €/mois. Si elle avait ses trimestres, ce serait 40 % × 1 500 = 600 €/mois. La différence de 120 €/mois sur la pension partielle est significative — et elle n’est pas visible dans les exemples génériques des guides officiels.
L’avantage vraiment sous-estimé : l’amélioration de la pension définitive. Ce que beaucoup ne calculent pas : pendant la période de retraite progressive, les cotisations continuent. Si votre salaire à temps partiel est correct et que vous êtes dans vos meilleures années de revenus (les 25 meilleures années pour un salarié du privé), vous pouvez à la fois toucher une pension partielle ET améliorer votre SAM. Dans certains cas, 2 à 3 ans de retraite progressive avec un bon salaire partiel peuvent améliorer la pension définitive de 5 à 10 % — tout en procurant un revenu complémentaire pendant la période.
L’opportunité fiscale que personne ne pointe. En retraite progressive, votre revenu total est une combinaison de salaire partiel et de pension partielle. Cette situation crée souvent une opportunité fiscale : votre revenu global baisse par rapport à votre plein temps, mais pas aussi radicalement que lors d’un arrêt total. Vous pouvez donc commencer à retirer de votre assurance vie (avec l’abattement annuel de 4 600 € sur les gains) ou de votre PER (en lissant les retraits sur plusieurs années) dans une tranche d’imposition intermédiaire — avant que la liquidation définitive ne crée des retraits plus importants. C’est une stratégie d’optimisation fiscale sur 3 à 5 ans que très peu de conseillers mentionnent.
Indépendants : un accès depuis 2023, mais des modalités spécifiques. Depuis la réforme 2023, les travailleurs non-salariés peuvent accéder à la retraite progressive. Pour un auto-entrepreneur ou un professionnel libéral, cela signifie réduire son activité (en CA ou en temps consacré) à 40-80 % d’une activité normale, et en attester auprès de sa caisse (SSI ou caisse propre à la profession). Les modalités de calcul et de justification sont différentes de celles des salariés — il faut contacter directement la caisse RSI/SSI pour obtenir le détail des pièces justificatives requises, car les guides généralistes couvrent surtout le cas salarié.
Qu’est-ce que la retraite progressive ?
La retraite progressive vous permet de réduire votre temps de travail avant la retraite complète, tout en percevant simultanément une fraction de votre pension (retraite de base + complémentaire AGIRC-ARRCO).
Vous continuez à travailler à temps partiel, à cotiser et à améliorer vos droits — tout en touchant une partie de votre future pension. C’est une transition progressive, pas un arrêt brutal.
Les conditions d’accès
Pour bénéficier de la retraite progressive :
- Avoir au moins 60 ans
- Avoir validé au moins 150 trimestres (tous régimes confondus)
- Exercer une activité à temps partiel entre 40 % et 80 % d’un temps complet
- Être salarié — ou non-salarié depuis 2023 (indépendants, auto-entrepreneurs)
💡 Depuis la réforme de 2023, les travailleurs non salariés peuvent accéder à la retraite progressive. C’est une extension importante du dispositif.
Comment se calcule la pension partielle ?
Pension partielle = (1 - quotité de travail) × pension estimée à taux plein
| Temps de travail maintenu | Fraction de pension versée |
|---|---|
| 80 % | 20 % de la pension |
| 60 % | 40 % de la pension |
| 50 % | 50 % de la pension |
| 40 % | 60 % de la pension |
Exemple concret : pension estimée à taux plein = 1 500 €/mois. Passage à 60 % du temps complet.
- Pension partielle : 40 % × 1 500 € = 600 €/mois
- Salaire à 60 % : environ 1 800 € net (si salaire plein = 3 000 €)
- Revenu total : 2 400 €/mois au lieu de 3 000 € en plein temps
Soit une baisse de revenu de seulement 20 % pour une réduction de temps de travail de 40 %.
Un avantage clé : améliorer ses droits définitifs
Pendant la retraite progressive, vous continuez à cotiser. Au moment de la liquidation définitive, votre pension est recalculée sur la base de vos droits actualisés.
Résultat : revenu complémentaire pendant la transition ET pension définitive améliorée. C’est doublement gagnant.
La pension partielle versée est calculée sur vos droits à l’instant T. Chaque trimestre cotisé supplémentaire améliore la fraction “durée” dans la formule de calcul.
L’accord de l’employeur : le point de blocage
Pour passer à temps partiel, l’accord de votre employeur est obligatoire. Il peut refuser si la réduction est incompatible avec les besoins du poste.
En cas de refus : options disponibles :
- Négocier une autre organisation (4/5e, semaine de 4 jours…)
- Chercher un poste à temps partiel dans une autre structure
- Envisager le cumul emploi-retraite (retraite totale + reprise d’activité)
⚠️ Anticipez cette démarche : discutez avec votre employeur idéalement 1 à 2 ans avant. Une demande tardive laisse peu de marge de négociation.
Ce que la retraite progressive n’est pas
- Pas un simple temps partiel : vous percevez réellement une fraction de votre pension
- Pas une retraite définitive : vous continuez à cotiser et vos droits évoluent
- Pas le cumul emploi-retraite : dans le cumul, vous avez liquidé toute votre retraite ; ici, la liquidation est partielle et provisoire
Les démarches pour en bénéficier
- Obtenez l’accord de votre employeur et faites-le formaliser par un avenant au contrat
- Contactez votre caisse de retraite (CNAV ou autre) pour déposer une demande
- Fournissez les justificatifs : avenant au contrat, bulletins de salaire récents
- La pension partielle est versée à partir de la date fixée par la caisse
Délai de traitement : environ 2 à 3 mois — anticipez votre demande.
Pour qui ce dispositif est-il le plus adapté ?
La retraite progressive est pertinente pour :
- Les personnes qui souhaitent réduire progressivement leur rythme sans coupure nette
- Ceux qui ont besoin d’un complément de revenus avant d’atteindre le taux plein
- Ceux qui veulent continuer à cotiser pour améliorer une pension encore insuffisante
- Les professions libérales et indépendants depuis 2023
Ce n’est pas la bonne option si votre employeur refuse, ou si vous avez déjà tous vos trimestres et préférez partir complètement. Dans ce dernier cas, consultez notre article âge de départ à la retraite.
Retraite progressive et pension finale : un gain réel
L’un des avantages les plus sous-estimés de la retraite progressive est qu’elle améliore la pension définitive. En continuant à cotiser, vous accumulez des trimestres supplémentaires et, potentiellement, améliorez votre SAM si vos années en retraite progressive sont bien rémunérées.
Exemple chiffré :
- Sophie, 61 ans, pension estimée à taux plein : 1 500 €/mois
- Elle passe à 60 % du temps → reçoit 40 % × 1 500 = 600 €/mois de pension partielle
- Son salaire à 60 % : environ 1 800 €/mois → revenus totaux : 2 400 €/mois
- Elle continue à cotiser 3 ans supplémentaires
- À 64 ans, sa pension définitive recalculée : 1 650 €/mois (grâce aux trimestres supplémentaires et à la surcote)
- Gain permanent : +150 €/mois à vie par rapport à un départ immédiat à 61 ans
Retraite progressive vs cumul emploi-retraite : les différences clés
| Critère | Retraite progressive | Cumul emploi-retraite |
|---|---|---|
| Retraite liquidée | Partiellement (fraction de pension) | Totalement |
| Âge minimum | 60 ans | Âge légal (64 ans pour nés à partir de 1969 ; variable pour 1964–1968) |
| Trimestres requis | 150 trimestres | Selon régime |
| Droits nouveaux | Oui (cotisations actives) | Oui en cumul libéralisé (depuis 2023) |
| Objectif | Transition avant la retraite | Travailler après la retraite |
Si vous avez déjà atteint l’âge légal et liquidé votre retraite, c’est le cumul emploi-retraite qui s’applique, pas la retraite progressive.
🆕 Réforme 2027 du cumul emploi-retraite : pour les retraites liquidées à partir du 1er janvier 2027, les règles changent profondément : un départ avant 64 ans entraîne l’écrêtement intégral de la pension à hauteur des revenus d’activité. La retraite progressive devient encore plus stratégique comme alternative pour préparer une liquidation dans de meilleures conditions. Voir notre guide cumul emploi-retraite.
Impact sur l’assurance vie et le PER
Pendant la période de retraite progressive, votre situation fiscale change (revenus mixtes : salaire partiel + pension partielle). C’est le bon moment pour planifier vos futurs retraits de PER ou d’assurance vie : commencer à retirer de façon progressive en retraite progressive peut vous permettre de rester dans une tranche d’imposition basse tout en utilisant vos abattements annuels.
À propos de l'auteur : Jean-Marc Durand
Ancien conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans la préparation de fin de carrière, Jean-Marc Durand met ses 15 ans d'expérience au service de Retraite Pratique. Sa mission est de vulgariser les réformes législatives (2023, 2026) pour permettre à chacun de faire des choix d'épargne et de départ éclairés.
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