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Retraite et impôts en 2026 : ce que vous paierez vraiment

JD

Jean-Marc Durand

Expert Retraite • Mis à jour le 14 mars 2026

Beaucoup de futurs retraités sont surpris de découvrir que leur pension est imposable. Moins que leur salaire — mais imposable quand même. Voici exactement ce que vous paierez, et comment réduire la facture.

Ce que les caisses de retraite ne vous expliquent pas sur votre imposition réelle

Quand André a pris sa retraite en janvier 2025 avec une pension brute de 2 400 €/mois, il s’attendait à toucher environ 2 200 € net. Il en a reçu 1 940 €. L’écart — 260 €/mois, soit 3 120 €/an — venait de la CSG à 8,3 % et d’un prélèvement à la source de l’IR qu’il n’avait pas anticipé. Sa caisse de retraite n’avait rien expliqué au-delà d’une ligne sur l’avis de liquidation. Il a appelé son service des impôts trois fois avant de comprendre.

Ce type de surprise est extrêmement fréquent — et évitable si on comprend le système à l’avance.

La CSG est prélevée avant même que vous déclariez vos revenus. Contrairement à ce que beaucoup pensent, la CSG n’est pas un impôt déclaré : elle est directement retenue par votre caisse de retraite sur chaque pension versée. Vous la voyez sur votre bulletin de pension sous forme d’une ligne “cotisation CSG”. À 8,3 %, sur une pension de 2 000 €/mois, ça représente 166 €/mois — 1 992 €/an prélevés automatiquement avant même de toucher la pension.

L’abattement de 10 % est calculé sur le foyer, pas par retraité. Erreur fréquente : croire que chaque conjoint bénéficie de 10 % d’abattement séparément. Non — l’abattement est calculé sur le total des pensions du foyer fiscal, plafonné à 4 321 € en 2026. Pour un couple avec 15 000 € de pension chacun, l’abattement total n’est pas 2 × 1 500 € = 3 000 €, mais bien 3 000 € (10 % × 30 000 €) — sous le plafond, donc ça marche. Mais pour un couple avec 30 000 € chacun, l’abattement plafonne à 4 321 € pour les 60 000 € de pensions totales, pas 6 000 €.

Le prélèvement à la source peut créer un “choc” la première année. Quand vous liquidez votre retraite, l’administration fiscale n’a pas encore votre nouveau taux PAS “retraite” — elle utilise encore l’ancien taux calculé sur vos revenus d’activité, souvent plus bas. Résultat : pendant les premiers mois, vous payez trop peu d’impôts via le PAS, et vous devez régulariser lors de la déclaration. Certains retraités se retrouvent à devoir 2 000 à 4 000 € lors de leur premier avis d’imposition en tant que retraité — sans l’avoir anticipé.

Ce que vous pouvez faire. Sur votre espace impots.gouv.fr, vous pouvez moduler votre taux de prélèvement à la source à la hausse dès votre premier mois de retraite, pour éviter la régularisation. Ou réserver sur un livret la différence estimée (environ 15-20 % de la pension si vous étiez cadre). C’est le genre de conseil pratique que personne ne donne spontanément.

L’optimisation fiscale que les retraités aisés utilisent et que les autres ignorent. Pour les retraités avec plusieurs sources de revenus (pension + revenus fonciers + dividendes + retraits de PER ou assurance vie), une simulation fiscale annuelle avant le 31 décembre permet d’arbitrer les retraits. En pilotant les retraits d’assurance vie sous le seuil de 4 600 € de gains annuels, on obtient une exonération d’IR sur ces gains. En lissant les retraits de PER sur 10 ans plutôt qu’en une seule fois, on évite de basculer en tranche à 30 %. Ces stratégies ne requièrent pas un conseiller fiscal à 500 €/heure — elles demandent juste de faire le calcul avant le 31 décembre de chaque année.

Les pensions sont imposables comme des revenus

Les pensions de retraite (de base, complémentaire, réversion) sont soumises au barème progressif de l’impôt sur le revenu, au même titre qu’un salaire. Elles doivent être déclarées chaque année.

Bonne nouvelle : plusieurs mécanismes allègent cette imposition.

L’abattement de 10 % : automatique et non négligeable

Avant de calculer l’impôt, un abattement forfaitaire de 10 % est appliqué automatiquement sur le total des pensions.

En 2026 :

  • Abattement maximum : 4 321 € par foyer fiscal
  • Abattement minimum : 442 €
Pension annuelleAbattement 10 %Revenu imposable
14 000 €1 400 €12 600 €
20 000 €2 000 €18 000 €
45 000 €4 321 € (plafond)40 679 €

💡 L’abattement s’applique au foyer fiscal — si vous et votre conjoint percevez chacun une pension, les deux pensions sont cumulées avant application de l’abattement plafonné.

La CSG/CRDS : les prélèvements sociaux sur les pensions

Revenu fiscal de référence (personne seule, 2026)Taux CSG-CRDS
Inférieur à ~12 230 €0 % (exonération totale)
Entre ~12 230 € et ~16 015 €3,8 %
Supérieur à ~16 015 €8,3 %

⚠️ Ces seuils varient selon la composition du foyer. Consultez votre avis d’imposition pour connaître votre RFR.

Particularité : pour les retraités soumis au taux de 8,3 %, 6,8 % de CSG sont déductibles du revenu imposable. Ce n’est pas une exonération, mais une réduction de la base imposable à l’IR.

Les exonérations pour retraités modestes

  • Exonération totale de CSG si le RFR est sous ~12 230 € en 2026
  • Exonération de taxe foncière pour les plus de 75 ans sous conditions de ressources
  • Exonération de contribution à l’audiovisuel public sous conditions

Impôt et PER à la sortie : est-ce une double peine ?

Si vous avez versé sur un PER en déduisant les versements, la sortie est fiscalisée :

  • Le capital (versements déduits) : imposé à l’IR au barème progressif
  • Les plus-values : soumises au PFU de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS)

C’est voulu — vous avez économisé à l’entrée (30-41 % de TMI), vous payez à la sortie (souvent 11-30 %). Le gain net est la différence de taux.

Exemple :

  • Versements déduits à 30 % : économie de 9 000 € sur 30 000 € versés
  • Retrait à 11 % de TMI : impôt de 3 300 €
  • Gain net : 5 700 € — même en payant à la sortie

Pour choisir entre PER et assurance vie, consultez notre comparatif PER vs assurance vie.

Comment réduire concrètement la facture fiscale à la retraite

La plupart des guides s’arrêtent à “lissez vos retraits”. Voici comment ça se traduit en pratique.

Le calendrier de retrait qui change tout. Prenons Henri, 67 ans, avec 120 000 € dans un PER et 80 000 € dans une assurance vie. Sa pension nette est de 1 800 €/mois, soit 21 600 €/an. Sa TMI est à 11 % (en dessous de 28 797 €). S’il retire ses 120 000 € de PER en une seule fois, ses revenus de l’année atteignent 21 600 + 120 000 = 141 600 € — il bascule en tranche à 41 %. L’impôt supplémentaire par rapport à un étalement sur 10 ans : environ 28 000 €. Simplement en retirant 12 000 €/an du PER pendant 10 ans (au lieu de tout sortir d’un coup), Henri reste en TMI 11 % et économise 28 000 € d’impôts sur la décennie.

L’abattement assurance vie comme outil annuel. Les 4 600 € de gains annuels exonérés sur une assurance vie après 8 ans, c’est un mécanisme qui fonctionne par année civile — chaque 1er janvier, le compteur se réinitialise. Si vous ne les utilisez pas en 2026, vous ne les récupérez pas en 2027. L’idée est simple : chaque année, avant décembre, calculez si vous pouvez retirer des gains de votre assurance vie sous le seuil de 4 600 €. C’est exonéré d’IR — seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % s’appliquent sur ces gains.

Répartir entre conjoints : souvent sous-utilisé. Si l’un des conjoints perçoit une pension modeste (TMI 0 % ou 11 %) et l’autre une pension plus élevée, les revenus de patrimoine (dividendes, loyers, retraits) ont intérêt à être logés du côté du conjoint le moins imposé. Ça suppose d’anticiper la structure patrimoniale avant la retraite — par exemple, ouvrir un PEA au nom du conjoint moins imposé, ou structurer les investissements en conséquence.

Si votre situation combine pension + PER + assurance vie + revenus fonciers ou dividendes, une simulation fiscale annuelle (avant le 31 décembre) peut identifier 2 000 à 8 000 € d’économies par an. Ce n’est pas réservé aux gens “riches” — c’est accessible à tout retraité avec plusieurs sources de revenus.

Le prélèvement à la source sur les pensions

Depuis 2019, les pensions de retraite sont soumises au prélèvement à la source. L’impôt est directement prélevé sur votre pension chaque mois par votre caisse de retraite, selon le taux calculé par l’administration fiscale.

Conséquence pratique : vous n’avez pas à provisionner l’impôt — il est retenu à la source. Mais si vous percevez des revenus complémentaires (loyers, dividendes, retraits de PER…), vous devrez peut-être payer un complément lors de la déclaration annuelle.

Vérifiez votre taux de prélèvement sur votre espace personnel impots.gouv.fr — vous pouvez le moduler à la baisse si vos revenus ont diminué (par exemple après la liquidation d’un PER).

Fiscalité et taux de remplacement net réel

L’imposition des pensions crée un écart entre le taux de remplacement brut (souvent cité dans les communications officielles) et le taux net réel.

Exemple pour un cadre avec 1 800 €/mois de pension brute :

PosteMontant
Pension brute1 800 €/mois
CSG à 8,3 %-149 €
IR après abattement (TMI 11 %)~-90 €
Pension nette encaissée~1 560 €/mois

Le taux de remplacement brut affiché à 60 % correspond en réalité à environ 52 % net — une différence significative dans la planification budgétaire.

Pensions et impôts : ce qui change à partir de 67 ans

À 67 ans, en plus du taux plein automatique sur votre pension, vous pouvez bénéficier d’une demi-part supplémentaire pour invalidité si votre taux d’incapacité est d’au moins 40 %, réduisant votre imposition. Renseignez-vous auprès de votre service des impôts si vous êtes dans cette situation.

Pour anticiper votre âge de départ et son impact fiscal global, notre guide âge de départ à la retraite vous donne tous les repères clés. Et pour comprendre exactement quelle part de votre pension vient de la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO — qui est imposée différemment selon les cotisations — consultez notre article dédié.

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À propos de l'auteur : Jean-Marc Durand

Ancien conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans la préparation de fin de carrière, Jean-Marc Durand met ses 15 ans d'expérience au service de Retraite Pratique. Sa mission est de vulgariser les réformes législatives (2023, 2026) pour permettre à chacun de faire des choix d'épargne et de départ éclairés.